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A quoi sert la Littérature ?

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      Au-delà de cette définition simplificatrice, accessible, voire réductrice : l’ensemble des œuvres à travers lesquelles le langage se départit de son emploi ordinaire, se cristallise une portée beaucoup plus symbolique. Il s’agit de l’écriture. Ecrire pour agir, écrire pour conscientiser la masse, écrire pour éduquer, écrire pour mettre en exergue les maux de la société.

      En Europe, du seizième au vingtième siècle, des auteurs ont participé, à travers des textes littéraires vertigineux, à façonner des hommes conscients de leur avenir et du destin de leur peuple. Les œuvres littéraires ont considérablement répondu aux questions angoissantes que les hommes se posaient à l’époque, notamment celles liées à leurs conditions de vie.

     Au seizième siècle, la France a connu une guerre des religions sanglantes (entre les protestants et les catholiques). Mais, le combat de la plume avait porté ses fruits. Un des auteurs les plus célèbres de cette époque, Théodore Agrippa d’Aubigné a, à travers Les Tragiques, contribué à exorciser le mal. En outre, le dix-huitième siècle (Voltaire, Montesquieu, Condorcet…) est celui des auteurs qui ont éclairé les  Français à travers une critique objective dont la cible fut le pouvoir temporel, le pouvoir spirituel et la société française elle-même.

      Dans cette même ordre d’idées, une littérature engagée vit le jour au vingtième siècle avec des auteurs tels Albert Camus (L’étranger/ 1942), André Breton (Nadja/ 1928), François Mauriac (Le Nœud de vipère/ 1932) qui, à travers une philosophie remarquable, ont tenté d’apporter une solution à l’angoisse existentielle des  Français au sortir des guerres (14-18 / 39-45). Donc, la grandeur de la France s’est mesurée à travers ces hommes qui ont su, avec tact, redresser leur société par la force des lettres.

      En Afrique, avant l’arrivée des Occidentaux, la littérature africaine était caractérisée par son anonymat. D’une part, elle traduisait des vérités qui étaient considérées comme immuables et atemporelles et, d’autre part, elle se proposait à l’appréciation collective de toute la société. Cette littérature était orale (en prose ou poétique) et se transmettait par l’intermédiaire des griots. Si on se réfère à la Littérature nègre  de Jacques Chevrier, le contenu enfermé dans la littérature orale se classait comme suit : la fonction ludique, la fonction pédagogique, la fonction  idéologique, la fonction initiatique et la fonction fantasmatique.

      Avec la littérature écrite, une rupture va s’opérer dans cette conception traditionnelle de l’art. Née d’une préoccupation communautaire, l’œuvre littéraire est devenue l’affaire de l’individu, exigeant pour sa jouissance et son interprétation, l’acte solitaire de la lecture. L’africain a appris à passer du genre oral au genre écrit.

     Aussi, à l’image de la littérature occidentale, faudrait-il signaler que la littérature africaine s’est très tôt occupée des préoccupations des populations, donnant ainsi à cette littérature l’image d’une bouée de sauvetage venue à son heure.

      En 1921, Batouala de René Maran dénonçait avec hardiesse les abus de l’exploitation coloniale et le traitement inhumain dont étaient victimes les noirs à Oubangui Chari. Ce roman, qui fait scandale dans les différentes colonies, donne le signal du début de l’écriture engagée. Désormais, la prise de conscience de la spécificité, la lutte contre l’injustice, la réhabilitation de la personnalité nègre, l’appel à l’unité et à la solidarité des peuples opprimés vont devenir l’apanage de la littérature africaine. L’engagement à travers la littérature était né.

      Quelques années plus tard, en 1934, la publication de L’ÉTUDIANT NOIR donne naissance au mouvement de la Négritude à Paris. Pour Aimé Césaire et Léon Damas, « la Négritude a été un projet, un projet spontané ; elle a été la réaction d’une catégorie  donnée d’individus dans un milieu donné, à un moment de l’histoire ».

     Aujourd’hui encore, la littérature africaine continue de faire son chemin.  Elle n’est plus « un simple véhicule idéologique »,  elle s’est renouvelée aussi bien dans sa thématique que dans sa forme d’expression.

    Cependant malgré toute cette richesse littéraire, nous remarquons qu’en Afrique, il existe un désintéressement notoire de la lecture. L’Africain lit rarement, voire jamais.  Anecdotiquement, nous avons un ami qui est parti en France pour un voyage d’études, dès son retour au Sénégal, il nous interpella pour nous dire combien de fois il a été impressionné et séduit par le comportement des français. Ils lisent partout, nous a-t-il confié. Justement, la littérature a considérablement contribué à l’évolution mentale de l’Europe, notamment la France. Elle l’a été également en Afrique à un moment donné de l’histoire, nous dira-t-on. Mais que s’est-il passé entre temps ? Pourquoi ce détachement soudain ?

    Ces différents questionnements constitueront notre prochain article.

El hadji Omar MASSALY & Penda Sellé THIAM

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