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CE QUE JE PENSE D’OUSMANE SONKO

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Cette semaine, je voudrais, avec une dose d’objectivité, répondre à la question d’un ami militant d’Ousmane Sonko, candidat de PASTEF : « Mon frère, qu’est-ce que tu penses de mon candidat Ousmane Sonko ? ».

Que c’est difficile de parler d’Ousmane Sonko ! Car parler de lui, c’est en quelque sorte se livrer aux secousses et contre-attaques de certains militants qui, fanatiques en la matière, pestent dans un narcissisme étonnant que nul n’a le droit d’avoir un regard critique par rapport à la démarche de leur candidat. Pire, j’ai peur qu’une de mes meilleures amies, celle qui m’assiste dans beaucoup de choses, coupe le link et me menace de rompre cette amitié dont la perte aura une conséquence sans doute désastreuse. Que c’est scabreux !

Disons, mes frères Ansoumana Sambou, Ayib Daffé et autres que je connais denses, prompts à être en phase avec la réalité politique, vont certainement intégrer certains aspects de mon analyse. Pour dire vrai, j’ai une sorte d’obsession de parler de Sonko, mais c’est toujours difficile de faire une analyse carrée du cas Ousmane Sonko : c’est vraiment un phénomène. Je suis obligé de réactualiser mes analyses tellement que la donne change chaque semaine.

J’avoue qu’Ousmane Sonko est certainement l’homme politique que je suis le plus pour les questions thématiques qu’il évoque. S’il y a un second, je crois que c’est Mamadou Lamine Diallo avec sa chronique QuesTekki. Parce qu’à travers eux, j’apprends beaucoup.

Sonko force l’admiration et, naturellement, tous les intellectuels de bonne foi l’estiment pour son audace, son courage, son patriotisme, son sens aigu du nationalisme…Le candidat des réseaux sociaux, comme le nomment ses détracteurs, a séduit plus d’un. Il est devenu, par la force des circonstances, une réalité politique qui ne cesse d’étonner les analystes.

En réalité, ceux qui taxent Sonko de « candidat virtuel » ignorent totalement l’efficacité des réseaux sociaux pour un homme politique. Ils n’ont pas compris qu’il y a 7.256.717 internautes au Sénégal pour un taux de pénétration de 53,72 % par rapport à une population de 15.256.346 habitants (source ARTP).

Avec des community manager, des experts du web, des storyteller efficaces, Sonko s’est imposé sur le web. La stratégie de communication digitale de PASTEF a fortement contribué à la visibilité de son candidat. Ceux qui ne l’ont jamais vu physiquement le voient tous les jours sur leur smartphone. La communication digitale, ça paye !

Mieux, Sonko a le mérite de mettre en œuvre des stratégies de parole qui jouent à la fois sur l’apparence de la raison et les ressorts de l’affect en puisant dans les imaginaires sociaux qu’il pense être dominants dans la société. Il a compris que les effets de ces stratégies de parole ne dépendent pas de sa seule intention, il faut qu’ils correspondent aux attentes cachées ou inconscientes de son public.

Vu sous l’angle d’un chroniqueur littéraire, Sonko a une double logique, symbolique et pragmatique, qui alimente son discours. L’une censée emporter les foules vers un monde meilleur, l’autre censée donner du crédit à qui le célèbre. Dès lors, il a construit une image psychologique et morale qui permet au peuple de s’identifier à sa personne pour le faire adhérer de façon quasi aveugle à ses idées.

Une campagne électorale ne se joue pas sur les contenus et les programmes. Depuis 1960, ni Senghor, ni Diouf, ni Wade, ni Macky n’ont été élus sur un programme de gouvernement détaillé. Pour reprendre Babacar Justin Ndiaye, « nous ne sommes pas en France des Lumières où le docker de Marseille fait l’exégèse de chaque programme avant de choisir son candidat ». Tout s’est joué autour d’une vision idéalisée du monde et de l’image des candidats.

Le candidat de PASTEF a su, comme le note l’agrégé de Lettres modernes Dominique Maingueneau dans Lecture, incorporation et monde éthique, orienter sa stratégie vers « la construction d’une image de soi ». Ce qu’on appelle dans la rhétorique classique l’éthos. Tous les jeunes désespérés et déçus par certains hommes politiques classiques qui ne disent pas la vérité au peuple, qui transhument sans honte pour des strapontins, voient en Ousmane Sonko la « Solution ».

Sonko s’emploie à trouver le moyen de toucher son public, de le faire réagir, mais toujours avec une finalité de le faire adhérer à son projet. Sa stratégie de paroles est alors orientée vers l’interpellation du public. Ousmane a compris qu’une campagne électorale doit être faite d’idées simples et de stratégies de persuasion séductrice : une apparence sur fond d’émotion. L’être humain, pris collectivement sous l’espèce du grand nombre, est un être de passion avant que de raison. Une longue pratique politique l’enseigne, et ceux qui en font l’expérience le savent.

Le fait de rendre visite maître Wade est un évènement qui lui donne l’occasion de faire un coup d’éclat médiatiquement très efficace. Énorme émotion, énorme médiatisation, issue heureuse pour ses militants, autant d’ingrédients qui propulsent Sonko sur la scène publique. Mais, il faut dire qu’il n’a pas encore une alliance solide. Idrissa Seck, qui profite bien des jeux d’alliances, a créé un rapport de force politique réel.

Sonko bénéficiera-t-il du soutien de Wade ? Je ne le pense pas ! Donc, les signaux sont toujours vers pour la coalition IDY 2019.

El hadji Omar Massaly

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