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EDITORIAL KUMA KOYO

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En septembre, 1988, année blanche pour l’école sénégalaise du supérieur au moyen-secondaire, que de fierté et d’espoir sur mes frêles et innocentes épaules, à l’annonce à mon père par un de ses amis et collègues de travail de mon admission au concours très sélectif à l’époque de l’entrée en sixième. Malgré le contexte douloureux de ces moments, l’école publique demeurait le réceptacle et le creuset des meilleurs élèves du pays, l’enseignement privé exceptée pour une infime aristocratie bourgeoise et nantie de Dakar restait une alternative pour ceux qui n’avait pas pu réussir dans le public pour insuffisance de travail. L’école publique était incontestablement cet outil unique de promotion de tous ses fils de la Nation. Gratuite, tous les enfants du pays, quel que soit leur origine et situation sociale, y ont une égale chance de réussir et d’accéder aux plus hautes fonctions de l’Etat. Le Président Macky Sall en est une parfaite, pertinente et élogieuse illustration. Beaucoup de nos condisciples issus de famille très démunie, ont pu grâce à elle devenir de grands cadres dans ce pays et se hisser haut sur l’échelle sociale.

Hélas et malheureusement, cette illustre institution est devenue un grand corps malade, un  cauchemar pour les parents et les élèves. Elle est si malade que ceux qui ont les moyens envoient désormais leurs enfants à l’école privée. Des politiques inefficaces, la massification non planifiée des effectifs, les grèves cycliques et chroniques des enseignants, des infrastructures d’accueil hors normes, des enseignants non ou mal formés et mal payées, des enseignants chercheurs surchargés, des syndicats qui versent dans le radicalisme, des autorités qui n’anticipent pas les évènements, des moyens budgétaires faramineux engloutis sans aucune efficience, sont autant de facteurs qui avec le temps ont fini de plonger l’école sénégalaise dans une déliquescence insoutenable.

Ces 17 dernières années, le budget du secteur de l’éducation nationale a mobilisé un total de 4609 milliards de francs Cfa coupées de la bourse du contribuable et censées être parcimonieusement utilisées par l’État pour offrir aux enfants, une instruction de qualité.

Pour quels résultats ? Les résultats de l’enquête « Jangandoo », réalisée par le Laboratoire Lartes de l’Ifan révélaient en 2017 que les enfants enquêtés « ont réussi la lecture à hauteur de  16.4%, les mathématiques à 20.3% et la culture générale à 22% » pour l’école publique. Pendant ce temps, souligne l’étude, les résultats sont nettement meilleurs au niveau de l’école privée pour les mêmes tests. Ils sont de 77,9% en lecture, 67,8% en mathématiques et 97,1% en culture générale

« Les conditions matérielles de l’apprentissage sont mauvaises pour 73,6% des lieux enquêtés et ne sont acceptables ou bonnes que pour, respectivement, 18,5% et 7,9%, révèle l’étude « Jangandoo » 2014. Elles sont assez préoccupantes dans les régions de Kédougou (96%) et Tambacounda (86,2%), et plus satisfaisantes dans la région de Ziguinchor.

Dans le secondaire, les résultats se distinguent d’année en année par leur faiblesse. Au baccalauréat par exemple, de 35,1% en 2001, le taux de réussite au bac avait cru jusqu’à 48,6% en 2007. Mais, très vite, il va sombrer, chutant à 34,7% en 2009 avant de se stabiliser autour de 35% ces deux dernières années,

Loin de moi la prétention de m’ériger en donneur de leçons, je pense que cette situation dramatique interpelle tous les acteurs et au-delà, la nation toute entière, en ce sens que sans une éducation de qualité il ne saurait y avoir de l’espoir pour l’émergence et le développement. Nous tous, produits de l’école publique, avons le devoir de nous mobiliser pour stopper cette descente aux enfers.

Les syndicats devront humaniser leur droit de grève en pensant à leur pays, aux élèves, aux étudiants et aux parents d’élèves. Le dialogue naturel et dans la vérité doit être érigé en moyen de gestion du système éducatif. Le radicalisme d’où qu’il vienne ne cadre pas avec l’école lieu par excellence de consensus. C’est le chemin le court vers l’aventure.

L’Etat doit respecter ses engagements et faire appliquer les recommandations des concertations et assises. Il doit être plus juste et bienveillant envers les enseignants qui peuvent se considérer comme les mal aimés de la fonction publique. En un mot, il faut revaloriser la fonction enseignante. Les associations de parents d’élèves devront être plus proactifs et assumer leur mission de facilitateur du dialogue entre l’Etat et les syndicats. Dans le même sillage, l’ensemble des partenaires de l’école doivent s’impliquer davantage pour aider à rapprocher les positions des syndicats et de l’Etat.

En définitive, il faut sauver l’école publique. Cela se fera avec une implication meilleure et plus efficace de l’ensemble des acteurs par des concertations pertinentes, inclusives et larges mettant en synergie toutes les énergies pour aboutir à une thérapie de choc consensuelle, et l’engagement agissant de tous, chacun en ce qui le concerne de jouer correctement sa partition. Sans l’école publique le Sénégal ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui : un pays géré par des hommes et des femmes bien formés, un Etat avec des institutions républicaines. Sa déliquescence va sonner le glas de l’égalité des chances entre tous les enfants sénégalais, en ce sens que seuls les fils de parents aisés pourraient prétendre à un enseignement de qualité.

Alors restons mobilisés pour défendre, soutenir et accompagner cette illustre institution unique de promotion de tous les fils du SENEGAL

VIVE L’ECOLE SENEGALISE

Lamine Mané

Proviseur du Lycée Ibou Diallo de Sédhiou

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