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La peur de la mort

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« Connaissez-vous l’angoisse de la page blanche ? » s’écriait Patrick Du Boisbaudry. « L’angoisse de la page blanche, dira Valentine Goby, c’est la peur de la mort » ! Il est 4h 23 mn et plus d’une heure durant, je ne puis écrire une seule phrase, un seul mot pour terminer à temps mon 2e livre (Contes et légendes de la Casamance). Ah, « les affres de la feuille blanche » ! Las de subir cette angoisse, j’ai décidé in fine de changer les idées en me connectant sur facebook, histoire de me dégourdir l’esprit devenu constipé avant d’aller au lit. Ce faisant, j’ai eu un immense plaisir en heurtant de front un croquant texte d’El Hadji Omar Massaly. A cette heure, suis exténué, mais l’entame fait déjà saliver (il annonce un texte du philosophe I. D. Sylla !!!).

       Allez, convenons-en : je ne vais pas bouder mon plaisir ! Massaly trempe son encre dans du miel pour produire des textes enrobés dans du nectar ! Et quand Massaly échange avec Sylla c’est, comme qui dirait en poésie : le miel qui rencontre le sucre ! Dévorant goulument à belles dents ses propos, subitement l’arythmie fait place à l’appétit, le plaisir à l’inquiétude. Pour cause : il a chuté en ces termes : « n’est-ce pas mon philosophe Pape Diakhaté Makama ? »  

         M’interpeler, moi le nain, dans un échange de géants ? Et, qui puis est, avec une question à propos de laquelle je perds mon latin !

         Ce qui fait que par cette interpellation « sommative », il a jeté une question à la fois insidieuse et scabreuse. Si la question était posée incognito, inbox ou à deux-clos (pour ne pas dire huit-clos !!), je pourrais peut-être me débiner – j’allais dire littéralement «  détaler », pour fuir ce guet-apens intellectuel ! Mais comment faire, dès l’instant que j’ai été apostrophé en direct sur facebook ?!!

          Comment parler d’une chose par rapport à laquelle on a aucune expérience ? Et si la mort était une leçon ? (I.D.Sylla)

          De prime abord, dans cette question, je décèle deux obstacles d’ordre épistémologique quasi insurmontables. Une leçon se pose, à juste titre, comme un acquis, une connaissance maitrisée qu’on peut transmettre. Le propre de la leçon pour le maitre, c’est de faire comprendre et pour l’élève d’apprendre. Or, comment comprendre ou apprendre une chose dont on n’a aucune expérience ? Dès lors surgit la 2e équation. Le mort, nous le connaissons : c’est un parent étendu là inerte, un ami enterré, un corps sans vie…De ce point de vue, nous même pouvons le toucher. Mais de la mort ( ??!), nous ne connaissons piètre chose. Ce qui est remarquable, c’est qu’entre le mort que nous réalisons par un corps inanimé, un cœur qui ne bat plus, une personne qui cesse de respirer et la mort qui est un inconnu à infinité d’infinis, il y’a un écart astronomique bien que l’un constitue une preuve irréfutable de l’existence de l’autre !

         Et, du moment que nous n’avons aucune information rationnelle sur la mort, c’est les religions qui nous livrent les éléments et catégories d’analyse. Dans le Coran, Sourate 3 (Al Imran), verset 185, Dieu reste formel : « TOUTE AME GOUTERA A LA MORT ». Si la décision de notre créateur fait froid dans le dos et nous rappelle notre finitude, la mort nous poursuit et continue de nous tutoyer. C’est pourquoi elle est très présente dans ce Livre Saint  où le mot « mort » revient 145 fois ! Nous n’avons – à ce jour – aucune certitude sur la mort mais nous avons la conviction de notre mort par effet d’entrainement et de déduction ( les hommes naissent et meurent et j’en déduis que je subirais la loi implacable de la finitude !). 

          Si tel est le cas, autant l’intégrer ? De toutes manières, C. H. Kane, dans l’Aventure Ambiguë nous lance ce conseil lapidaire : « Que la mort dès à présent soit familière à vos esprits… » du moment qu’elle « est violente qui triomphe, négation qui s’impose ». Comme on ne saurait s’en échapper, autant l’attendre avec philosophie et y voir une source de salut à la manière de Kant dont les dernières paroles furent : « Es ist gut » qui se rendent en français par « c’est bien ».

          Cette réflexion sur la mort débouche finalement sur une interpellation : en posant en 1793 le fameux triptyque : « Que puis-je savoir? Que dois-je faire? Que m’est-il permis d’espérer? », Kant n’était-il pas en train de nous plonger dans notre mort future et certaine ? Si tout compte fait nous courons tous vers notre perte, en fin de compte «  Qu’est-ce que l’homme? »

          En définitive, la question inaugurale du philosophe I.D.Sylla mérite d’être posée. Tout se passe comme si la mort était une leçon. Pour s’en convaincre, je vous laisse méditer ces lignes extraites de la contribution du philosophe Ousseynou Kane parue dans Le Quotidien du 14 mai 2007.

         « En voyant, en cette funeste matinée du jeudi 1er mars 2007, le corps de Oumar Diagne étendu sur le sol, je me suis dit, frappé au plus profond de mon cœur : si c’est cela la vie, pourquoi donc avoir vécu, pourquoi même être né ? Sommes-nous vraiment si peu de chose, pour finir invariablement de si triste manière, sur une planche seul couché, alors que tous les autres restent debout ? »

5h 18mn
Ibrahima Diakhaté Makama 
makamadiakhate@gmail.com

         

          

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