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Les querelles de couple sous le regard du philosophe

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« Réfléchis longtemps sur l’adoption d’un ami ; une fois décidé, ouvre toute ton âme pour le recevoir ; parle aussi hardiment devant lui qu’à toi-même. » Sénèque

Je partirai d’une récente sortie de Michel Onfray dans l’émission Idées de Rfi. Ce brillant esprit fait la distinction entre la pensée grecque qu’il qualifie d’être dans l’abstraction et celle romaine qui nous plonge dans le concret.

En effet, pour lui, des penseurs comme Platon et Aristote ne sont bons que pour faire des professeurs de philosophie alors que Lucrèce, Sénèque et Cicéron nous aident à vivre foncièrement notre humanité.

C’est sur la base d’un tel présupposé que je porte mon regard sur la vie de couple que la même radio vient de poser sur la table dans l’émission 7 milliards de voisins en ce mardi 5 février.

Vivre en couple se décline en deux tendances que sont : le conflit et l’harmonie. Si c’est la seconde qui est recherchée par tous les couples, elle n’a de charme et de sens que si le premier s’exprime dans le sincère rapport.

Dire qu’on a vécu pendant plus de cinq ans sans jamais traverser un nuage de désaccord ou un torrent de mésentente est pure manipulation. Je défends cela pour la simple et bonne raison que toute relation humaine fondée sur la sincérité laisse éclater des points de vue différents. Ne pas l’assumer c’est faire acte d’hypocrisie.

La femme, dans la vie de couple, est sous une double domination : la gérontocratie et la phallocratie.

La première est de l’ordre du droit d’aînesse que l’homme est à bon droit de revendiquer, tant il est rare de voir une fille sortir ou une femme se marier avec quelqu’un de moins âgé qu’elle.

Une dame entreprenante que je croyais mature et à l’abri du besoin me disait, l’année dernière, être à la recherche d’un homme qui serait son aîné de vingt ans. J’ai failli sauter de ma chaise. Dans la trentaine, elle cherchait un quinquagénaire.

Son argumentaire était qu’un homme âgé a plus de maturité et fait preuve de concession extrême en temps de conflit. Ce qui ne serait pas le fort des jeunes qui sont dans le registre de la Loi du Talion.

La seconde renvoie à la toute-puissance du masculin. La femme est appelée à se soumettre, à endurer et à subir en silence. La communauté a plus de droit que l’individu et sa marque de fabrique est d’accorder le pouvoir à l’homme qui est synonyme de virilité.

Par ailleurs, la manifestation du conflit a tendance à ramener à la surface l’orgueil de l’un des deux qu’on doit transcender à défaut de quoi celui-ci devient permanent.

Ma propre expérience de couple qui remonte à quelques années me donne à voir jusqu’où peut résister celui ou celle qui subit.

J’étais avec une fille qui n’avait jamais tort. Je n’avais point peur du conflit, mais quelle que soit la raison de la dispute, elle revendiquait toujours avoir raison.

Je devais porter le manteau du fautif pour toujours. Ne pouvant plus, un jour, devant l’évidence de sa faute, je lui crache à la figure : « Bon sang quand est-ce que tu accepteras de n’être qu’un humain avec ses possibilités de défaillance ! ». Elle a craqué dans mes mains. Il me fallait déverser ce trop-plein de torts endossés alors que je n’en étais nullement l’auteur. Finalement, elle admît avoir laissé son orgueil prendre le dessus du fait que le pouvoir des hommes l’exaspérait.

Vivre en couple doit relever d’un choix hautement mûri. C’est la grande leçon de Sénèque qui est centrée sur l’amitié qui ne récuse pas pour autant l’amour. Celui-ci est souvent vu comme le prolongement de celle-là. « Soyons amis, pour mieux nous aimer ! » pourrait être la devise d’un couple qui appréhende sa relation sous le faisceau du temps mouvant. Les humeurs peuvent changer comme les saisons. Ainsi, la querelle devient un quiproquo qui s’inscrit dans l’ordre normal d’un cheminement. Disputez, sans vous engueuler. Cela aide. Comme dans le rapport à soi, dire la vérité à l’autre sans le blesser. Et comme dans un élan de confession interne, être en mesure d’accorder son pardon est un signe de grandeur.

Vivre en couple, c’est d’abord et avant tout sortir de soi. La complétude n’est pas de l’ordre du soi, mais dans la jonction de l’autre et du soi. Ainsi, le pardon qui émerge du conflit conduira-t-il vers l’harmonie.

Ibou Dramé SYLLA

Ce 05 février 2019

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