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LYCEE BALLA MOUSSA DAFFE : UN ODONYME SINGULIER

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Je pouvais observer l’omerta totale sur cette info à la fois heureuse et opportune à propos Balla Moussa Daffé, parrain du Nouveau lycée de Sédhiou. Je pourrais juste me contenter d’un commentaire sur les murs ou simplement « liker » !  Tant ils font légion ceux qui ont rendu un bel hommage au Professeur Moussa Daffé. Les auteurs qui ont magnifié de fort belle manière cette reconnaissance plus que méritée ont pour noms – entre autres : MD Sixc, Omar Kanté, Emedia, Ayib Daffé, Saliou Barry… Sous ce rapport, tout autre papier à ce propos semblerait de trop ! C’est dire que, je ne saurais faire autant que ces plumes enchanteresses !

          Ce qui est remarquable, toutefois, c’est que le dernier susnommé (Saliou Barry) m’a fait le plaisir de m’inviter à ce sujet pour un post. S’il est indéniable que je nourris une énorme estime pour le professeur Moussa Daffé – qui me le rend bien, aussi, serait-ce qu’honneur de parler de lui. De ce point de vue, je ne pourrais que me sacrifier avec engagement et dévouement à l’écriture pour répondre à l’invite de mon ami et frère Saliou Barry.

           D’après Pierre Ardallou, donner le nom d’une personnalité à un lieu public est une forme de « système honorifique local ».  S’il en est ainsi, être parrain d’un lieu constitue tout un symbole. Pour Bouvier, c’est « à partir du 17e siècle, on entre dans une ère nouvelle, celle des toponymes de décisions crées par les autorités en place qui supplantent les noms créés peu à peu par l’usage populaire ». En d’autres termes, le système des odonymes sont vieux de 4 siècles. Pour s’en convaincre, ne serait-ce que dans notre pays, il y avait déjà une pléthore d’odonymes.

          Mais les parrains de places, rues et établissements scolaires au Sénégal étaient, pour l’essentiel, des Français. Jugez-en vous-mêmes : Place Protet, Avenues Roume, Jean Jaurès, Lycées Charles De Gaulle, Van Vollenhoven … furent des dénominations ancrées dans les consciences populaires des sénégalais. Il aura fallu l’avènement d’Abdou Diouf à la magistrature suprême du Sénégal pour qu’on assistât à un changement de paradigme dans l’odonyme des édifices publics, Avenues, Rues, Places…

           En ce qui concerne les « rebaptisassions » des établissements scolaires et centres de formation, la nomination du professeur Iba Der Thiam au département de l’Education jouera un rôle déterminant, instruit qu’il fût, de traduire en actes concrets cette vision de « nationalisation » des établissements scolaires. Et…, alea jacta est, on assistera à un renversement sans précédent dans l’ordre de désignation des parrains de 1983 à 1988, période pendant laquelle il dirigea ce ministère. La politique en lame de fond de cette « nationalisation » fut de donner un « visage » sénégalais à nos établissements. Mais Diantre ! Comment un gouverneur de l’AOF qui ne l’a été que pendant 6mois (du 3 juin 1917 à 17 janvier 1918), avec un nom laissant de mauvais souvenirs peut-il être parrain d’un établissement aussi prestigieux que celui de Dakar-Plateau ? Dès lors, à titre d’illustration, le lycée qui avait été baptisé en 1940, lycée Van Vollenhoven, deviendra lycée Lamine. Cette logique gagnera tous les établissements avec des noms de colons. Et, ceux qui n’avaient pas été baptisés auront des noms à résonnance sénégalaise : Lycée Cheikh Ahmadou Bamba à Diourbel, Malick Sy à Thies, Limamoulaye à Guédiawaye, CEM puis Lycée Ibou Diallo à Sédhiou… 

             Sédhiou, justement, verra son Nouveau lycée baptisé Balla (?!!) Moussa DAFFE. Mais ce qui fait tilt dans les esprits à propos de ces appellations, c’est que tous ces parrains sont des défunts. Autrement dit, un parrain vivant…, il faut creuser pour savoir. Hormis le Président Wade qui a donné son nom au lycée de Dagana par le truchement de Oumar Sarr, Professeur Moussa Daffé est le seul parrain encore parmi nous (je n’exclus en aucun moment de me tromper et les lecteurs ne manqueront pas de me rectifier au besoin !). On constatera alors qu’en dehors d’un président de la République qui aura signé un décret en sa faveur (de toutes manières, il le mérite !), le Maire honoraire de Sédhiou est le seul vivant parrain. Dans l’Hexagone, on note également deux cas restés célèbres. On sait que Victor Hugo, 4 ans avant sa mort, avait donné son propre nom à l’Avenue sise chez lui. Il y a eu également la Place Général De Gaulle 1944, soit 26 ans avant la mort de l’emblématique président ! D’ailleurs, c’est De Gaulle qui plus d’odonymes, suivi de Pasteur et Hugo est 3e en France. Au Sénégal, Cheikh Anta Anta Diop et Senghor sont au coude à coude 

           POURQUOI CETTE EXCEPTION ?

          En France, une vielle Loi datant du 5 avril 1844 interdit de désigner un vivant pour parrain d’un lieu public. Le Conseil de Paris avait délibéré en 1938 n’autorisant l’appellation qu’aux personnes décédées au moins il y a 5ans. Car, d’après Delphine Gerbeau : « il est préférable, d’éviter d’attribuer (un lieu public) le nom d’une personne vivante, notamment lorsqu’elle exerce des responsabilités politiques ».

          Le président de la République, Macky Sall, n’en a cure du moment qu’au Sénégal, il semble y avoir la jurisprudence Wade quant au lycée de Dagana. On verra que l’ancien ministre Maire de Sédhiou fera partie des exceptions aux côtés de Wade, Hugo, De Gaulle. Depuis la décentralisation, le code des Collectivités Territoriales règlemente les odonymes et c’est l’Art L2121-29 qui en édicte les modalités. Dans notre pays, à des exceptions près, c’est quasiment le même cheminement.

            MAIS QUE DU CHEMIN !

   « Il faut à César ce qui appartient à César ». C’est le citoyen sédhiouois Djibril Danso, professeur de son Etat, conformément aux dispositions de Loi no. 2013-10 du 28 Décembre 2013 chapitre Ier, section 2, en son article 6 dispose : « toute personne physique ou morale peut faire, au président du conseil départemental ou au maire, toutes propositions relatives à l’impulsion du développement économique et social de la collectivité locale… », avait suggéré le premier, les odonymes de Moussa Daffé parrain du Nouveau lycée et Mamadou Mané celui du CEM 3.  En ma qualité de Secrétaire Général – d’alors – du Conseil départemental, j’ai eu à instruire le dossier après assentiment du président Biaye s’appuyant sur l’article 312 dudit code. Je n’en réclame aucun mérite : j’étais juste au bon moment et au bon endroit !

          QUI EST LE PARRAIN DU NOUVEAU LYCEE ?        

           Le parrain du Nouveau lycée est né en 1940 à Sédhiou. Il entra à l’université en 1961. En 1966, il reçut son diplôme de pharmacien. C’est en 1973 qu’il obtiendra le titre de pharmacien avec le doctorat d’Etat en poche. Il sera nommé D.G de la SENEPHARMA. Il sera reçu à l’agrégation en 1990. Pour le parcours politique sera nommé ministre à 2 reprises en 1983 et 1998. Plusieurs fois député, il fut sénateur. Mais c’est le poste de maire de Sédhiou de 1990 à 2009 qui le rendra plus célèbre.

           Professeur, vivez longtemps et en bonne santé.

          Ibrahima Diakhaté Makama

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