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Mandouwar, récit d’une bataille épique tombée dans l’oubli collectif des autorités sénégalaises

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Pour rappel, les premiers habitants de Pakao étaient des Baïnounks dont le roi le plus connu fut Macatamba. Après lui, les Baïnounks auraient eu pour roi Gana Sira Biaye qui était un dictateur. À Cause de sa gestion despotique du pouvoir son peuple l’aurait piégé et assassiné. D’après ce qui se racontait dans le Pakao, Gana Sira aurait maudit sa population de disparition. Mais aucune source officielle ne confirma cette thèse. Toutefois, après la disparition de Gana Sira Bana, le royaume Baïnounk du Pakao a subi beaucoup d’attaques de la part du royaume voisin du Gabou, des Diolas et des marabouts Mandingues. Cette situation fut le début de la fin du règne des rois Baïnounks du Pakao. L’histoire orale raconte que Niadumassani était 

le dernier puissant roi des Baïnounks du Pakao. Il avait comme capitale Mandouwar village situé actuellement dans la communauté rurale de Oudoucar Région de Sédhiou.

Selon les sources orales, Niadumassani était un roi puissant qui gouverna le Pakao avec une main de fer. La population Baïnounk était animiste et menait aussi la vie dure à ses voisins du Pakao. À la même époque, la communauté mandingue à majorité musulmane cherchait à convertir ses voisins animistes à travers la guerre sainte. Mais personne ne songeait à s’attaquer à Mandouwar  fief du roi du Pakao.

C’est dans ce contexte qu’un homme va sortir du lot et appela au Djihad contre le tout-puissant roi Baïnounk. Cet homme de Dieu est Ibrahima SYLLA plus connu sous le nom de SYLLABA  (SYLLA le grand) . Ce dernier face à l’humiliation subit par la communauté musulmane conclue que la seule solution pour mettre fin à cette situation est de convertir les païens du Pakao à l’Islam. En effet, SYLLABA fut envoyé dès sa jeunesse dans le Fouta pour aller apprendre la religion musulmane. À son retour, il appela au Djihad contre les Baïnounk du Pakao. Pour convaincre ses frères musulmans, il profita de ses sermons du vendredi dans les villages de Darsilamé et Ouducar. Il envoya aussi plusieurs émissaires à travers le Pakao (Karantaba, Ndiama, Dianaba).

Ainsi, tous les grands centres religieux du Pakao finirent par soutenir sa cause. Il envoya aussi des agents auprès de ses maîtres coraniques du FoutaDjalon pour obtenir leur soutien militaire.

Ainsi, la préparation de cette bataille prend plusieurs mois, le temps de convaincre le maximum de personnes. SYLLABA et ses alliés ne se limitèrent pas seulement au recrutement de soldats. Ils sollicitèrent aussi tous les grands marabouts du Pakao pour faire des prières, sortir de l’aumône, écrire des gri-gris et de l’eau bénite pour une victoire éclatante.

Après avoir réuni tous les moyens Mystiques et militaires, SYLLABA aurait envoyé un soldat déguisé en malade mental pour verser l’eau bénite dans les 9 puits et places publiques de Mandouwar. 

Ce « soldat fou », pour bien faire sa mission aurait composé la chanson suivante: « colonwoo colong nsing mindjié », ce qui signifie « quel que soit le puits je vais boire son eau ». Ainsi, il fit le tour de tous les puits du village et y versa l’eau bénite, de la même manière, il arrosa avec son eau bénite toutes les places publiques de Mandouwar sous les chansons, applaudissements et moqueries des femmes.

Au retour du soldat-missionnaire, SYLLABA aurait averti le roi Baïnounk et sa population de choisir entre la conversion à l’islam ou se tenir prêts pour un combat imminent.

Niadumassani trop confiant et sûre de sa domination historique n’a pas pris au sérieux les menaces et l’ultimatum du chef musulman. Il aurait même traité SYLLABA de jeune musulman perdu, irresponsable et arrogant.

Dans ce contexte tendu, la tradition orale raconte qu’un des prédicateurs de Mandouwar a annoncé au roi et sa cours qu’il a rêvé « d’un singe chassant un chien, signifiant l’imminence d’une révolution sociale au détriment de la communauté Baïnounk. Le Divin fut traité de mauvais citoyen et son exécution ordonnée le jour même.

En plus de cela, le roi Baïnounk organisa une grande fête et convia tout le village à danser et à boire du vin de palme tout en expliquant que SYLLABA menait une guerre psychologique. À la fin de cette soirée bien arrosée, la majorité de la population y compris les soldats de Mandouwar était sous l’effet de l’alcool. 

Ces signes poussèrent  les chefs Mandingue à battre dare-dare le rappel des troupes (7 000 à 8 000 hommes) pour les galvaniser et leur expliquer les tactiques de combats. 

SYLLABA et ses hommes profitèrent de cette occasion de faiblesse collective des Baïnounk et lancèrent l’assaut dès l’aube sur Mandouwar. Mandouwar fut ainsi brûlé et la plupart des soldats tués en moins de trois jours. 

Ce qui marqua plus les esprits durant cette bataille est le suicide collectif des femmes et des jeunes de moins de 17 ans qui décidèrent de se jeter ensemble dans des puits pour échapper à l’esclavage. Le reste de la population capturée avait le choix entre l’islam et la mort. Ces esclaves de guerres ont été distribués dans les différents villages dont les fils sont tombés au champ de bataille.

Cette bataille est décrite par les griots comme étant la plus dévastatrice que le Pakao n’est jamais connu. Malheureusement, les ruines de Mandouwari et toutes les vestiges de cette guerre sont en en voie de disparition.

Les autorités publiques doivent faire en sorte que cette histoire apparaisse dans les livres d’histoires ou musées.

Dr Mamadou Cissé  

Coordinateur des jeunes de la region de sedhiou (JRS)

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