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PARADE POUR PINET LAPRADE

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L’histoire de tout peuple respire d’une identité sacrée, elle est par ailleurs une question de souveraineté fondamentale. Un vieux proverbe africain nous dit à propos de celle-ci : « Veillez par tous les moyens sur la souveraineté fondamentale que possède chaque nation en vertu de sa propre culture. Protégez-la comme la prunelle de vos yeux pour l’avenir de la grande famille humaine ».

 Sédhiou est un ancien comptoir commercial et première capitale de la Casamance. Son héritage historique et culturel est tout simplement splendide. Nous pouvons et devrions le  préserver, c’est un devoir fondamental car notre région est une merveille de symboles historiques. En effet, elle regorge d’une panoplie de bâtiments et de sites historiques fascinants mais aussi d’un patrimoine immatériel des plus riches en Afrique occidentale ;  symbole d’une diversité culturelle et ethnique reluisante.

 La zone regorge de nombreux sites, lieux de mémoires et monuments historiques : la maison d’arrêt et de correction, le palais de justice, la préfecture, le monument des morts, la grande mosquée de Sédhiou, la grande mosquée de Karantaba, la grande mosquée de Baghère. Sur un autre régistre, il y a aussi la caverne de Badouga où le grand érudit El hadj Omar Tall aurait séjourné pendant neuf mois et demi, le tata de Fodé Kaba Doumbouya, et le magnifique Fort Pinet Laprade, tous inscrits sur la liste du patrimoine national de l’Etat du Sénégal au même titre que le marché kermel de Dakar, du pont Faidherbe de St-Louis ou de l’île de Gorée.

Il y a alors une chose que je ne parviens pas à comprendre. Pourquoile fort Pinet Laprade De Sédhiou, symbole de la pénétration coloniale en Casamance, est aussi méprisé du point de vue de sa symbolique et de son histoire ?

 Nous devons une parade respectable à Pinet Laprade. Je ne parle pas du diplômé de l’école polytechnique français envoyé au service du Génie en 1849, ancien commandant supérieur de Gorée par la suite Gouverneur du Sénégal, Emile Pinet Laprade. Je parle  de la bâtisse coloniale qui porte son nom,  le célèbre, mais délaissé, fort Pinet Laprade de Sédhiou.

En effet, c’est à la suite de plusieurs expéditions contre les mandingues et les balantes que les français ont décidé d’édifier ce fort en 1836, lui qui fut la tête de pont à l’expansion française en haute Casamance.  Par conséquent, cette bâtisse renferme une partie du passé colonial de la Casamance.  Faisons une parade pour Pinet Laprade. Une belle parade, non pas pour le Gouverneur, mais une parade pour ce magnifique fort que nous sommes entrain de laisser sombrer à petit feu sous le poids de l’âge, et d’une mésestime collective. Sommes-nous entrain de commettre un crime historique vis-à-vis d’un emblème d’une tranche de notre propre histoire ?

 Le fort Pinet Laprade se meurt, il agonise et  nous en sommes tous témoins. Mais des témoins bien apathiques. Quelle erreur ! Lorsque mes promenades quotidiennes me conduisent au bord du fleuve, alors, j’observe toujours ce « géant » avec un cœur meurtri, une pensée assaillie et une indignation astronomique. L’état du fort de Sédhiou est révoltant et c’est inadmissible. Par moment, dans le passé, on a semblé réhabiliter la bâtisse. Mais à mon avis, cela n’a jamais été fait à hauteur de sa valeur et de sa symbolique. Ce gribouillage ne guérissait jamais le « colosse » en ruine.  Nous devons refuser de le laisser tomber en déliquescence et mourir de « choléra historique » à l’image de son parrain qui fut emporté par le choléra.

Nous devons  agir pour la réhabilitation, la revitalisation et la valorisation du fort Pinet Laprade pour plusieurs raisons. Il peut valoir un rayonnement culturel, historique, touristique et économique pour Sédhiou.

A tout point de vue, je crois que nous avons une opportunité lumineuse à travers ce fort de vendre la destination Sédhiou par notre histoire et notre culture. La culture peut occuper une place importante sur le plan de développement d’une région.

Le duo de la culture et du tourisme est un moteur économique extrêmement puissant, c’est ce que l’on appelle communément le tourisme culturel. Selon des études réalisées par l’Organisation Mondiale du tourisme, le patrimoine culturel représente près de 40% de l’activité touristique internationale. Avec le potentiel culturel que renferment certains sites, le tourisme culturel est une alternative solide au tourisme balnéaire qui est confronté à beaucoup de difficultés actuellement d’autant plus que le tourisme n’est pas que loisir. C’est autant de raisons qui m’ont toujours fait croire que Sédhiou, avec ses nouvelles infrastructures routières, a un joker magnifique pour renforcer ses politiques économiques de développement local.  N’est-ce pas là, une vision de Jean Vilar lorsqu’il soutient que la culture est l’un des leviers les plus importants à actionner pour réhabiliter et relancer l’économie tout en produisant du sens. Alors concrètement, il faut que des travaux de restauration et de revitalisation nécessaires se fassent dans les plus brefs délais, incluant une rénovation des étages supérieurs du bâtiment afin d’en assurer une ouverture  au public.

 J’espère très certainement que le nouveau ministre de la culture et de la communication,  Monsieur Abdoulaye Diop, saura se pencher sur cette problématique de la valorisation de nos lieux de mémoire.  Par ailleurs, je pense fondamentalement qu’avec une certaine volonté politique, le  fort  de Sédhiou, en plus de pouvoir être rénové, pourrait  contenir un  musée qui puisse capitaliser toute l’histoire de la haute Casamance voire même de toute la région naturelle. Oui ! Un musée qui fera revivre l’expansion coloniale française en Casamance, la fascinante page de la résistance en Casamance, les secrets du règne du valeureux Fodé Kaba Doumbouya et ses rapports avec les peuples du Fogny et du Fouladou, les merveilles de l’histoire de l’empire du Gabou avec les irréductibles Nianthios, les secrets mystiques du pakao, l’histoire des royaumes d’Oussouye, du Cassa, du Blouff et j’en passe.

Egalement, un musée pourrait maintenir en surbrillance notre patrimoine culturel. Jacques Chirac, l’ancien Président français, disait que la culture n’est pas une marchandise car les peuples veulent troquer leurs biens mais pas leur culture ; ils veulent garder leur âme.  Nul besoin de rappeler la richesse de notre culture, pour preuve, le Kankourang  a été élevé au rang de patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO depuis 2005, le Koumpo, le Jambadong, le Bougheur, le lendieng, le kindong…  N’est-pas une opportunité économique qui s’ouvrirait ? Evidemment ! Puisque nous pouvons le consacrer en  un lieu d’expédition pédagogique pour la communauté scolaire de la Casamance et même de l’ensemble du pays avec des visites tarifées mais aussi un site d’une attraction touristique florissante.

Je voudrais terminer par la problématique de l’aménagement de la corniche qui jouxte le fort  Pinet Laprade. Cette corniche offre une vue impeccable sur le fleuve Casamance avec un cadre panoramique inouï. Avec mon statut de modeste citoyen de ma cité, je renouvelle mon appel de détresse aux autorités municipales afin que ce lieu, qui aurait du être l’un des meilleurs cadre de vie de la région, cesse d’être un dépotoir de déchets du marché central.

 Une illustre parade pour Pinet Laprade est un devoir, sauvons le fort.

  Aussi, sa portée ne saurait être négligée.   

Bouly Mané, professeur de lettres, d’histoire et de géographie à Kaffrine  

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